Yohan Penel (FFBad) : « Nous assumons un équilibre entre performance sportive et performance sociale pour réaliser notre raison d’être »

Publié le 11 mars 2021 à 10h05 dans Gouvernance du sport

Nous avons interrogé plusieurs nouveaux présidents de fédération pour connaitre leurs impressions et leurs premières mesures. Découvrir un nouveau poste, un nouvel environnement, de nouvelles responsabilités, notamment dans cette période, n’est pas simple. Nous les remercions de s’être ainsi livrés avec franchise afin que nous puisions mieux comprendre leurs premiers mois de présidence et leur vision de l’avenir du mouvement sportif français. Après, Philippe Bana, président de la fédération française de handball, hier, nous poursuivons avec Yohan Penel, président de la fédération française de badminton.

Olbia Conseil : Demain, cela fera trois mois que vous êtes président de la fédération française de badminton. Quelles ont été vos premieres mesures en tant que président ?

Yohan Penel : Une des premières mesures a été de travailler à un diagnostic le plus exhaustif possible de la santé de nos associations en termes de finances, de perspectives sportives et d’impact social sur le moral des bénévoles, des professionnels et sur le lien club/adhérents.
Nous avons également débuté un travail pédagogique sur l’activité fédérale : les licenciés ne perçoivent pas toujours l’utilité de la fédération et encore moins ses activités. Pourtant, malgré l’arrêt total des pratiques, la FFBaD continue de tourner. Seuls quelques salariés ont été en activité partielle. Nous publions donc chaque mois une liste de nos réalisations. Nous avons également réalisé une vidéo au siège fédéral dans le cadre de notre web-série. 
Ensuite, nous avons lancé un chantier de remise à plat de notre fonctionnement pour accroître notre impact en nous appuyant sur l’expertise des salariés et cadres techniques. Nous assumons notre raison d’être : les clubs affiliés. Nous assumons également un équilibre entre performance sportive et performance sociale pour réaliser notre raison d’être. Cela demande un changement de culture et d’approche pour intégrer autant la pratique que les bienfaits de la pratique.

Un début dense et intense donc ! Qu’est-ce qui vous a le plus surpris en arrivant ? 

Rien de surprenant mais une charge de travail très importante pour mener la transition vers une nouvelle organisation. La conduite du changement en période de crise financière et existentielle n’est pas aisée. 
Nous avons rencontré beaucoup d’acteurs et d’actrices du monde du badminton, du sport en général et des institutions pour nous ériger en partenaire ambitieux dans le cadre d’un service public du sport plus fort. 
En interne, nous avons rencontré l’ensemble des professionnels pour les mettre en confiance et répondre à leurs interrogations sur le projet que nous portons pour le badminton français. L’enjeu majeur est de partager nos ambitions et nos orientations avec la communauté au sens large.

Si nous vous interrogeons dans un an sur le bilan de votre 1° année de mandat, qu’aimeriez-vous pouvoir nous répondre ?

A l’issue de la première année, nous espérons avoir réussi à redonner le sourire aux bénévoles, à créer les meilleures conditions de reprise des activités et surtout à fédérer la communauté du badminton français. Nous devons désormais avancer ensemble pour assurer l’avenir de la structure fédérale et de sa raison d’être : les clubs affiliés. 
Il y a un désenchantement complet aujourd’hui, des demandes de remboursement de licence, une absence d’habitude de pratiquer… On ne sait pas si, dans un an, le virus sera définitivement derrière nous. Mais d’ici là, nous devrons communiquer, expliquer la plus-value de la pratique du badminton dans une structure affiliée à la FFBaD, animer notre réseau, accompagner les acteurs pour que personne ne manque à l’appel à la rentrée de septembre, ni club, ni badiste. Il y a tout un travail de l’ombre à la fédération que nous souhaitons rendre visible.

Selon vous, quels sont les principaux défis auxquels va être confrontée votre fédération / le mouvement sportif ces prochaines années ?

Les défis sont nombreux des points de vue structurel et conjoncturel. 
Le premier défi concerne la survie de la structure fédérale. Un changement de modèle économique est indispensable mais il est subi plutôt qu’anticipé. Les licenciés crient au scandale en demandant le remboursement du contrat moral qu’est la licence. Sans eux, on n’existe plus. Nous devons les fédérer. 
Le deuxième défi est celui de l’accompagnement vers la haute performance. Ambition Bleue bouscule les habitudes. Les résultats des badistes français progressent constamment (avec l’entrée d’une jeune paire de mixte dans le top 10 mondial). Nous avons à reussir 2024 et préparer la génération 2028.
Le troisième défi est celui de la révolution culturelle : assumer que le club n’est pas qu’un opérateur sportif mais qu’il peut être un acteur incontournable sur son territoire. A l’interface entre le monde éducatif, l’économie sociale et solidaire, la santé et le dynamisme économique, l’avenir du sport tient à son ouverture sur le monde et la remise en cause de sa finalité. Le sport pour le sport atteint ses limites. Le sport au service de la société naît, avec une ingénierie à faire monter en puissance.
La décennie commence de la pire des manières. Nous sommes pleinement mobilisés pour nous réinventer. Si nous échouons, ce sera l’avènement définitif d’une pratique physique libre sans ambition.

Un commentaire

Boué Thierry

Bonsoir,
Bravo au nouveau Président de la FFBaD, pour la pertinence et la profondeur d’analyse de la situation face à la crise et du système sportif en général.
Formidable travail d’audit et de bilan de la Fédération.
Et Merci à Olbia conseil pour l’interview.
J’ai lu et relu avec attention, et je dois dire que j’aimerai avoir un Président de Fédération comme lui.

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