Patrick Braouezec « Dès Lima, nous avons indiqué que les Jeux ne pouvaient s’envisager sans un retour sur l’emploi local, l’activité des TPE/PME et de l’ESS »

Publié le 28 mai 2020 à 11h15 dans Jeux olympiques

Alors qu’hier, Tony Estanguet, Président de Paris 2024, Nicolas Ferrand, Directeur Général exécutif de la SOLIDEO, le Professeur Yunus, Prix Nobel de la Paix et Eric Pliez, Président des Canaux, réunissaient les acteurs des Jeux à l’occasion d’un Comité Stratégique ESS (économie sociale et solidaire) 2024, nous avons interrogé Patrick Braouezec, président de Plaine Commune sur cet enjeu.

Pourquoi soutenez-vous l’économie sociale et solidaire (ESS) ?

L’ESS représente depuis 30 ans une forme d’activité économique très dynamique dans notre territoire, à la fois amortisseur des dégâts du système économique dominant mais aussi ferment d’innovation économique et sociale et créatrice d’emplois. Il nous est apparu comme une évidence pour les habitantes et les habitats que nous devions soutenir ces structures et travailler avec ces acteurs locaux à enrichir le territoire, à le transformer et à trouver auprès d’eux des réponses aux besoins sociaux si importants de la population. Nous soutenons ces alternatives car elles sont économiquement viables, portées par des habitants pour des habitants et ancrées sur un territoire. Derrière cela, c’est la question de la nécessité d’une autre économie qui se pose, depuis la question des droits des salarié(e)s jusqu’à la question de la constitution de filières économiques locales. Fort à parier que pour apporter des réponses aux urgences des crises actuelles, cette volonté politique est un choix gagnant.

 En quoi son rôle est-il important spécifiquement en Seine-Saint-Denis ?

Le taux de chômage est très élevé ; les actions portées par les collectivités ont une certaine efficacité, notamment pour l’insertion mais la question de la durabilité dans et de ces emplois est un vrai sujet.
Toute une partie de cette population, privée d’emploi peine à entrer dans le monde du travail soit parce qu’elle cumule des « handicaps » (au regard de « la norme »), soit par discrimination, soit parce qu’elle est culturellement éloignée des types d’emploi, essentiellement tertiaires, qui sont disponibles sur place. Quand il s’agit d’être « en première ligne » (ménage, aide, soins, collectes des déchets, etc….) ça va mais dans les sièges sociaux et services « high-tech » c’est souvent plus compliqué.
Bien des activités n’intéressent pas des grands groupes, trop souvent uniquement attachés à leur taux de rentabilité; bien des besoins sociaux ne trouvent pas de réponse. L’ESS, elle, apporte des solutions, pas seulement en urgence mais aussi dans la durée : filière restauration, filière textile, halage et maraîchage et entretien des espaces publics, aide à la personne, « niches » délaissées par les entreprises « classiques ».
Ces structures ESS, qu’elles soient associatives ou de droit privé, emploient près de 9000 personnes sur le territoire de Plaine Commune.

Comment préparez-vous les entreprises de ce secteur aux différents marchés des JOP ?

Tout d’abord, nous avons d’entrée de jeu mobilisé grâce au comité de suivi ESS, les acteurs locaux, partenaires et l’institution communale et territoriale sur ces enjeux. Dès Lima, nous avons indiqué que les JOP 2024 ne pouvaient s’envisager sans un retour, que nous avons chiffré, sur l’emploi local, l’activité des TP/PME et de l’ESS, et la dynamisation du développement économique et social.
A partir de ces objectifs, nous relayons les annonces de manière ciblée et favorisons la montée en compétence et stimulons la capacité à répondre aux marchés tout en accompagnant le développement de coopérations entre entreprises pour renforcer les offres de services. Nous travaillons avec les entreprises à créer les conditions pour qu’elles soient éligibles -comme on dit-, qu’elles accèdent aux marchés, publics ou privés. Pour cela, ces marchés eux même ne doivent pas favoriser pas par leur cahier des charges les plus grands comptes. C’est un travail difficile qui suppose par exemple un allotissement des marchés -exercice peu familier pour certains donneurs d’ordre-, et d’utiliser dans les marchés publics toutes les possibilités à caractère social; c’est favoriser du gré à gré quand il en est besoin. Les plans de relance annoncés doivent permettre de les favoriser. D’où notre travail avec Paris 2024 et ESS 2024 pour « sourcer » les marchés et très en amont mettre en contact les acteurs locaux avec les marchés lancés.

Mais il reste beaucoup à faire. Nombre de marchés ne pourront être accessibles aux acteurs locaux s’ils ne sont pas travaillés et donc rédigés en tenant compte des particularités mais surtout des atouts, compétences et savoir-faire des entreprises et populations de ce territoire.

Les constructions réalisées pour les JOP doivent s’inscrire dans les projets urbains des villes et permettre de les accélérer, comme la couverture de l’A1, qui a accompagné le Stade de France l’a été pour le projet urbain de La Plaine dans les années 80 & 90. C’est la nécessaire question de l’héritage qui occupe toute notre énergie. 

Peut-on dire que Paris 2024 est un horizon économique positif pour toutes ces entreprises ?

Nous l’espérons et nous avons fait ce pari en acceptant d’accueillir les Jeux sur notre territoire. Nous travaillons désormais ensemble avec tous les partenaires pour rendre cela concret. Nous mesurons les efforts et les mobilisations y compris au sein de Paris 2024 et de la Solidéo mais beaucoup d’habitudes restent à modifier. Si la pandémie a fait prendre du retard à tout le monde, il ne faut pas confondre vitesse et précipitation qui nous mènerait dans le mur. Nous constatons que, dans l’urgence, l’allotissement -si important pour nos acteurs locaux- est parfois refusé dans certains marchés. Il faut donc prendre le temps d’allotir les marchés pour rendre positif cet horizon.
Pour  faire de Paris 2024 un horizon positif, nous devons faire « bénéficier » les entreprises locales des marchés publics et privés mais aussi conforter des filières existantes, donner de la perspective aux clauses d’insertion -et au-delà de celles-ci- aux personnes qui vont être recrutées.

C’est possible mais nous avons besoin de garder fermement le cap, quelles que soient les vicissitudes de la période. Faisons mieux ensemble et non plus vite comme d’habitude.

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