Eux aussi font le sport français… » avec Boris Pourreau, fondateur et DG de Sport Heroes.

Publié le 9 octobre 2019 à 16h43 dans Eux aussi font le sport français...

Elles/ils sont DG d’institution sportive, expert du sport business, avocat, chasseur de têtes, DG d’association d’élus locaux, lobbyiste, DTN, élu d’institutions sportives ou directeur des sports de collectivité territoriale, ils connaissent le sport français, ses enjeux, ses acteurs mais on les entend peu dans les médias. Olbia le blog a souhaité leur donner la parole afin d’en savoir plus sur leur parcours professionnel, leur vision du sport français, les enjeux de leur institution ou de leur entreprise. Nous poursuivons notre série « Eux aussi font le sport français… » avec Boris Pourreau, fondateur et DG de Sport Heroes.

Avant de créer Sport Heroes en 2013, tu as eu une première vie professionnelle. Peux-tu nous en parler ?

J’ai même eu avant cela plusieurs vies en tant qu’étudiant : quelques temps en école d’ingénieur, en agronomie, puis en STAPS pour finalement terminer mon cursus en école de commerce. Une expérience vraiment marquante de ma vie étudiante fut mon implication au sein d’une association qui aide des demandeurs d’emplois à créer leur entreprise et à sortir ainsi du chômage. Se confronter à la vraie vie et aider plusieurs dizaines de porteurs de projet à s’en sortir, ce fût à la fois responsabilisant et vivifiant.
Après mes études, j’ai débuté dans un univers très éloigné de celui du sport, mais non moins passionnant : celui de l’énergie. D’abord chez Areva, puis en tant que consultant auprès des mastodontes français de l’énergie (EDF, Engie…). La réalité, c’est que mon père est ingénieur chez EDF et m’a toujours poussé dans cette voie. Je n’y voyais pas d’inconvénient, j’ai donc réalisé mes études en me spécialisant en énergie et développement durable et j’ai commencé là-dedans. C’était très intéressant, au coeur de problématiques vitales pour le XXI° siècle et le métier du conseil extrêmement formateur, mais il me manquait un supplément d’âme.

Et tu l’as trouvé ?

A 25 ans j’ai eu l’opportunité de rejoindre une petite entreprise, Succeed Together, en tant que directeur du développement et des opérations. Nous proposions à des grands groupes des outils d’intelligence collective et de data pour animer leurs séminaires et conventions. C’était une toute petite équipe (4 personnes à mon arrivée) et le fondateur préparait sa retraite. J’avais la mission de transformer cette TPE en startup, avec beaucoup de liberté. Je savais depuis longtemps que je voulais créer mon entreprise et c’était l’occasion de me frotter à l’entrepreneuriat, sans en prendre tous les risques. En 18 mois, nous avons triplé le chiffre d’affaires, les effectifs et mon capital confiance puisque je me suis rendu compte que rien n’était impossible, malgré mon inexpérience.
Un jour Amaury Sport Organisation m’appelle pour me parler d’une opportunité pour développer le B2B des épreuves grand public (marathon, semi, 10km, L’Etape du tour…). Passionné de course à pied, de vélo, du Tour de France, je ne rate pas l’occasion de découvrir ces événements depuis les coulisses. J’aime alors la matière avec laquelle je travaille (des marques incroyables) mais je suis un peu déçu du périmètre limité qui m’est confié et de l’inertie naturelle d’un groupe qui porte plus de 100 ans d’histoire. Au fond de moi, je sens que je peux faire beaucoup plus, j’ai besoin de dynamisme et d’agilité et je me dis surtout, qu’à 27 ans, c’est le moment de prendre des risques. Mon grand père, lui aussi entrepreneur, m’a toujours dit : « Quand on a rien à perdre, on peut bien tout risquer ».

Quel est le déclencheur de Running Heroes ?

Une rencontre. En été 2013 je rencontre Jean-Charles, mon futur associé, un développeur hors pair. Je lui parle de sport, d’objets connectés, de big data et du fait que le monde a besoin d’une jeunesse enthousiaste pour changer. Rapidement, notre projet prend forme : il s’agira d’inciter le plus grand nombre à faire du sport. Avril 2014, nous lançons Running Heroes.

C’est facile de lancer une startup en France ? 

Pour lancer un projet, une startup, je dirais que la France est un paradis. Je ne connais pas d’autre pays où on peut être soutenu par Pôle emploi durant les 2 premières années d’amorçage d’un projet. A cela, s’ajoute une offre de structures d’accompagnement importante, des soutiens financiers early stage de BPI, de multiples concours d’innovation, beaucoup de business angels prêts à prendre les premiers risques, bref le terreau est vraiment favorable et incite à la prise de risque des entrepreneurs.
C’est après que les choses se corsent, quand il faut grandir et devenir une « scale-up ». Là, on se heurte à un contexte moins favorable : la France est un petit marché, il faut donc très vite s’internationaliser pour grandir (ce n’est pas le cas des américains ou chinois), les fonds y investissent de manière moins importante et les 2ème / 3ème levée de fonds sont plus difficiles.
Pour des startups qui innovent fortement et offrent des produits/services auxquels les gens ne sont pas habitués, il y a aussi un état d’esprit français qui parfois ralenti le développement. Je crois que c’est un mélange de peur du changement « attention, notre contexte est très particulier« , de nostalgie du « c’était mieux avant » et de facilité « on a toujours fonctionné comme ça et jusqu’à présent, ça marche« . Là dessus, j’ai l’impression que les pays latins sont défavorisés par excès de romantisme. Les anglo-saxons ou asiatiques sont plus pragmatiques face à l’innovation.

Quels sont les enjeux de Sport Heroes ? 

En 20 ans le sport a changé : d’une pratique de niche, réservée à une élite de pratiquants, il est devenu lifestyle, une tendance de société accessible de 7 à 77 ans. Ces millions de nouveaux pratiquants ont des attentes différentes : santé, bien-être, social et communautaire, décontracté, décomplexé, désormais c’est le sport accessible à tous et ludique qui gagne. Nous pensons que les acteurs qui accompagnent les sportifs se sont peu adaptés à ces bouleversements, trop ancrés dans leurs convictions et recettes qui faisaient leurs succès hier. Pourtant, ces pratiquants n’ont jamais autant eu besoin d’accompagnement, de motivation, de soutien et de mise en lien. C’est notre ambition, être l’acteur n°1 des pratiquants de sport, celui qui fédère et accompagne ce nouveau mode de consommation du sport.
Pour cela, nous avons développé plusieurs modèles, d’abord auprès du grand public, avec Running HeroesCycling Heroes ou encore Swimming Heroes, puis en accompagnant des entreprises qui souhaitent développer le sport et le bien-être pour leurs collaborateurs, avec United Heroes. Aujourd’hui, ce sont plus de 1,2 millions de sportifs qui utilisent une de ces solutions. En parallèle, nous sommes de plus en plus sollicités pour créer des programmes en marque blanche (Paris 2024, Sport 2000, Air France Running, Skoda We Love Cycling…). C’est une fierté car c’est la preuve que nous sommes devenus une référence aux yeux du marché et d’acteurs aussi importants.
Maintenant, nous souhaitons démultiplier notre impact : plus de pratiquants de sport accompagnés, plus de marques, d’acteurs et d’entreprises qui nous aident et accompagnent notre démarche. 
Au final, avec plus de sportifs, plus de gens bien dans leurs baskets, c’est toute la société qui gagne !

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